Cher Mot Juste,

Parfois je me demande où tu te caches. Les uns n’ont pas conscience de leur bêtise en passant à côté de toi, alors que d’autres te narguent volontairement pour blesser. C’est une tragédie que ceux qui sont en face ont à subir malgré eux. Je ne crierai pas au complot, car c’est surtout le fruit de l’éducation que chacun reçoit où la maladresse n’est plus une excuse valable. Mais, je tiens à te raconter pourquoi ces derniers temps j’aurais préféré le silence à ton absence. Et, en tant que femme noire, en plus musulmane, je suis à moi seule un package intéressant pour une française d’aujourd’hui qui hélas te regrette !

Cette lettre risque de devenir un roman. Je vais donc me concentrer sur mon environnement de travail pour aller droit au but de ma pensée !

Mes collègues sont généralement des gens sympas avec qui j’arrive plus ou moins à créer une relation amicale selon la personnalité de chacun. Mais dans le lot, il y a toujours au moins une ou deux personnes qui vont devenir irritantes à cause des mots qu’elles choisissent d’employer. Ça se passe souvent quand ces dernières essayent de faire de l’humour, ou lorsqu’elles lancent une pique adoucie par un air innocent. N’est pas comique qui veut !

Pour atteindre sa cible, ce genre d’individu s’attaque subtilement à l’identité de la personne en face de façon verbale. Alors, le choix de se dispenser d’utiliser le mot juste devient également le choix de pratiquer un racisme poli. C’est en tout cas l’expression d’un résultat qui convient dans ma situation car on peut utiliser différents termes selon le contexte et l’identité de la personne à qui sont adressés les propos.

Mais le raciste poli reste bien un raciste, non ? C’est juste qu’il est inconscient de l’être, alors que ses propos eux expriment bien un sentiment de supériorité face à une catégorie de personnes ou à une autre culture que la sienne. À mes dépens, j’ai découvert que le racisme à notre encontre se pratique aussi bien par des gens qui sont différents de nous, que par des gens avec qui on partage la même couleur, la même foi, la même patrie, ou encore les mêmes valeurs. Et, si les remarques de certains n’ont aucun effet sur nous, celles qui surgisent de façon récurrente par surprise de la bouche de ceux qu’on apprécie peuvent quant à elles toucher au point qu’elles résonnent dans notre tête. Dans le genre, voici par exemple les derniers jeux de mots que des collègues m’ont gentiment adressé les jours où j’aime mettre en valeur ma texture de cheveux naturelle :

– “Ah, tu t’es coiffée en Rastaman aujourd’hui.” Et un autre, “Ah, t’as encore changé de cheveux Salimatou.”

– “Mais non mec, d’abord consulte Google avant de parler s’il te plaît parce qu’un afro libre c’est pas des rastas… Ensuite j’ai pas changé de cheveux, juste de coiffure sachant que la différence avec hier c’est simplement que j’avais les cheveux attachés et que là ils sont lâchés… Tertio, mon prénom c’est Salimata et je ne me souviens pas t’avoir autorisé à me donner un surnom. Et merde pourquoi je me justifie, tchiiip.”

Dans un autre style, voilà ce que ça donne le mois du jeûne du Ramadan au bureau :

– “Oh, excuse-moi de t’avoir fait la bise ! C’est pas grave tu feras deux prières en plus ce soir, hein ?”

– “Comment t’expliquer que si je te fais la bise habituellement, là ça change rien pour moi, mais bon lâche l’affaire c’est mieux, hein ?”

En faisant ce bref inventaire je ne vise aucune catégorie de population. Ici c’est la fusion de propos qui m’ont été adressés par des personnes blanches, noires, croyantes en Dieu et athées… D’ailleurs, ce n’est pas ce que j’ai répondu dans la réalité. Sur chacune des situations la modération m’a poussée à répondre par un silence habillé d’un sourire poli ! C’est un comportement que j’adopte quand je sais qu’une conversation risque de se terminer par un conflit.

Personnellement, heureusement que ma susceptibilité a été mise à l’épreuve en grandissant avec trois soeurs et trois frères. Aujourd’hui, la fierté que j’affiche en valorisant ce qui me caractérise est ma réponse aux projections de venin à mon encontre. Mais aussi solide qu’on se montre en public, dans l’intimité, il y a toujours une fissure qui parfois laisse émerger notre fragilité intérieure qui céde face à la méchanceté gratuite.

En plus, il faut savoir faire preuve de délicatesse auprès de ce genre de personnes, pour éviter d’entretenir un cercle vicieux où chacun s’amuse à blesser l’amour propre de l’autre. Les uns vont répondre avec le silence. Tandis que d’autres plus forts vont choisir de communiquer dans le respect afin d’essayer d’obtenir une compréhension mutuelle de leur différence avec leur interlocuteur. Tout un art accessible à tous qui s’apprend grâce à de la volonté, du temps, et de la bienveillance !

Ok, après je comprends les deux partis car on est tous habité par la dualité du Yin et Yang en nous. Je suis aussi parfois tentée de faire ma gentille langue de vipère. Comme le dit si bien l’expression, “on est toujours le raciste de quelqu’un”. Mais, si j’ai écrit cet article et que vous, vous êtes arrivé jusqu’à sa conclusion, c’est que le sujet nous touche mutuellement. Donc faisons un deal ! À l’avenir, quand on sentira que notre langue tente de laisser s’échapper des jeux de mots amers, essayons de la retenir de toutes nos forces en nous disant que l’humanité se portera mieux si l’on s’abstient !

Qu’est-ce que je suis sérieuse aujourd’hui ! Bon dimanche à vous 😉

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Publié par

Salimata

Fondatrice de Tchèkèyn, marque de mode pour femmes au style métissé !

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